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Foyers améliorés :

Cuisiner autrement pour protéger la santé des familles et les forêts

Un problème quotidien, aux conséquences multiples

Sur la côte caraïbe du Nicaragua, où vit 75 % de la population régionale, les femmes passent près de la moitié de leur journée à cuisiner pour toute la famille, dans des pièces mal aérées. 56 % de la population cuisine encore au feu de bois — sur des pierres assemblées à même le sol en milieu rural, ou sur des cuisinières fabriquées à partir d'une jante de voiture en milieu urbain. Dans tous les cas, la combustion est imparfaite : elle disperse  la chaleur au lieu de la concentrer et dégage une grande quantité de fumée, précisément là où les jeunes enfants passent la majorité de leur temps.

Foyer traditionnel

Cette utilisation a trois conséquences

Sur la santé

maladies respiratoires, problèmes de vue, maux de tête, brûlures et risques d'incendie. Selon l'OMS, la pollution domestique liée à la fumée de cuisson coûtait 1,6 à 4,3 millions de vies par an dans le monde selon les estimations, soit deux fois plus que le paludisme.

Sur l'environnement

Environ 50 % de l'énergie produite au Nicaragua provient de la combustion du bois, contribuant largement à la déforestation de la région Atlantique et de ses forêts primaires.

Sur le budget des familles

Une combustion inefficace, c'est plus de bois ou de charbon à acheter ou à collecter chaque semaine — jusqu'à 12 $ par mois pour une petite cuisinière traditionnelle au charbon.

La solution : une chambre de combustion repensée

Face à ce constat, blueEnergy a développé à partir de 2014 un programme de foyers améliorés, construits avec les bénéficiaires dans les communautés autour de Bluefields. Le principe était toujours le même : une chambre de combustion fermée et isolée concentrait la chaleur au lieu de la laisser se disperser, permettant une combustion plus efficace et moins fumante ; une cheminée évacuait ensuite la fumée hors de la maison.

Deux modèles complémentaires ont marqué le programme : l'Inkawasi, d'origine péruvienne, avec ses deux foyers séparés (l'un pour cuisiner, l'autre pour garder les plats au chaud grâce à la fumée chaude) ; et le CETA, d'origine guatémaltèque, moins performant contre la fumée mais mieux accepté des familles car plus proche des modèles traditionnels.

blueEnergy a testé les deux en parallèle plutôt que de miser sur un seul, avant de les compléter par une quinzaine d'autres technologies (Rapidita, Ecobarril, ONIL, Plancha ONIL, fours à pain...), chacune adaptée à un contexte particulier : type de combustible, taille de la famille, usage domestique ou commercial.

Foyer inkawasi

Le modèle Inkawasi

Ce modèle, originaire du Pérou, est constitué d'une structure en briques, d'un mélange de terre et de deux plaques de béton. Il comprend deux espaces de cuisson séparés par une cloison en briques. Le premier abrite une chambre de combustion en céramique, entourée d'un matériau isolant qui concentre la chaleur sous la marmite et limite les déperditions thermiques, améliorant ainsi l'efficacité énergétique du foyer. Les fumées chaudes sont ensuite dirigées vers le second espace, qui ne permet pas la cuisson mais sert à maintenir les aliments au chaud sans consommation supplémentaire de combustible, avant d'être évacuées à l'extérieur de l'habitation par une cheminée. Ce foyer mesure environ 80 cm de hauteur pour une emprise au sol de 130 × 90 cm. Son coût est estimé à 200 USD et, sous réserve d'un entretien régulier, sa durée de vie est d'environ quatre ans
Ceta

Le modèle CETA

Le modèle CETA, originaire du Guatemala, se distingue par une conception dans laquelle les deux foyers sont alimentés par une seule chambre de combustion. Cette configuration simplifie son utilisation quotidienne par rapport au modèle Inkawasi, qui repose sur deux espaces de cuisson distincts. Si le CETA s'est avéré légèrement moins performant que l'Inkawasi pour réduire les émissions de fumées à l'intérieur de l'habitation, il a en revanche bénéficié d'une meilleure acceptation par les communautés locales. Sa conception, plus proche des foyers traditionnels utilisés par les ménages, a facilité son appropriation et son adoption.

Un déploiement construit sur des années d'essais

Dès 2013, une phase pilote a permis de construire et tester une quarantaine de foyers Inkawasi et CETA. À partir de 2014, blueEnergy a diffusé plus largement ces modèles, principalement à Rocky Point, puis a multiplié les essais sur le terrain : sélection de la Rapidita comme meilleure cuisinière à charbon pour Bluefields en 2015, tests en conditions réelles avec des familles volontaires en 2016 (Coci-Nica, Fritanguera, Nixtamalera), usage interne quotidien d'un Ecobarril pendant plus d'un an pour identifier les besoins d'entretien réels. Certains essais ont été concluants, d'autres moins — la Sopera, par exemple, s'est révélée trop petite pour un usage institutionnel. Cette accumulation de retours de terrain, positifs comme décevants, a permis à blueEnergy d'arriver à un catalogue de solutions fiables et à un déploiement de 230 cuisinières améliorées dans les communautés autour de Bluefields.

L'impact, au-delà des chiffres

  • Réduction de 50 à 80 % de la consommation de bois ou de charbon, selon le modèle installé.
  • Des vies préservées : chaque foyer amélioré réduisait directement le risque de maladies respiratoires et de brûlures pour la famille qui l'utilisait.
  • Un budget familial allégé : jusqu'à deux à trois fois moins d'argent dépensé en combustible chaque mois.
  • Une pression allégée sur les forêts : moins de bois coupé, moins d'émissions de gaz à effet de serre, dans une région déjà marquée par un recul net de la couverture forestière depuis les années 1980.
  • Une durabilité multipliée par 4 à 5 : un foyer amélioré bien entretenu durait 4 à 5 ans, contre 3 mois à 1 an pour un foyer traditionnel.
  • Une économie locale structurée : la fabrication, la vente et l'entretien des foyers faisaient vivre des fournisseurs et artisans locaux, en plus des familles bénéficiaires elles-mêmes.
  • 230 familles directement bénéficiaires, à travers un catalogue de solutions éprouvées.

Mais l'expérience de blueEnergy avec l'Inkawasi rappelait aussi une réalité importante : certaines familles adoptaient pleinement leur foyer, quand d'autres l'utilisaient peu ou le modifiaient. La formation et le suivi étaient aussi déterminants que la solution elle-même — un principe que blueEnergy a appliqué à chaque étape du programme, jusqu'à la fin de ses interventions au Nicaragua en 2025.

Appropriation foyers
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